Est-ce qu’il faut donner son
secret ? Du genre des grands-mères qui refilent leur vieille recette de
cuisine ? Avec ce quelque chose de sacré dans le regard qui te
dit : « fais gaffe ! c’est précieux ce que tu tiens
là ! »
Je ne sais pas si ça marche parce
que j’ai compris que je ne ressemble pas à un écrivain. Du moins, je ne
ressemble pas à l’idée qu’on se fait de l’écrivain.
De ce vieil homme triste qui écrit
à la faible lueur d’une bougie, et qui passe sa vie à fabriquer des
phrases qui prendront tout leur sens dans quelques siècles, frappant à
la porte de tous les éditeurs, essuyant péniblement ses échecs
successifs, noyant son chagrin dans le vin et l’opium. Il est un génie
mais on ne le sait pas encore, on le saura plus tard. À travers des
dissertations d’écoliers qui écriront : « Monsieur X. pensait
que… »
Je ne ressemble en rien à Monsieur
X et suis exaspérée par ce mythe de l’auteur maudit. L’écriture, je la
vois vivante. Elle vivait sur les murs de ce petit appartement humide
dans lequel j’ai grandi. Avec les craies blanches que je piquais à
l’institutrice, je retraçais le parcours de mes princesses pauvres.
L’écriture, elle vit tout le temps, partout. Tous ces visages épuisés
aux heures de pointe, qui me racontent des histoires couchées sur mes
tickets de métro. À l’aube, en rentrant de boîte de nuit, mes post-it
sur lesquels je griffonne des idées que j’ai peur de me faire kidnapper
par le sommeil. En voiture, pendant que mon mari conduit, une idée me
vient et je le supplie de s’arrêter dès qu’il voit une papèterie ou je
peux trouver un stylo et un carnet. L’écriture se mélange à la vie. Pas
de moment particulier, ni d’atmosphère. Juste un peu d’inspiration.
Surtout pas de discipline. Surtout pas.
Soll ich mein Geheimnis verraten? Wie eine Großmutter ihr altes
Kochrezept? Mit diesem komplizenhaften Augenzwinkern, das soviel
bedeutet wie: »Vorsicht! Das ist sehr wertvoll!«
Ich weiß nicht, ob das
funktioniert, denn ich habe festgestellt, dass ich nichts von einem
Schriftsteller habe. Wenigstens nicht von der Vorstellung, die man sich
im Allgemeinen von einem Schriftsteller macht.
Von diesem traurigen alten Mann,
der im schummerigen Kerzenschein schreibt und sein Leben damit
verbringt, Sätze zu fabrizieren, die ihren ganzen Sinn erst ein paar
Jahrhunderte später entfalten werden, der bei allen Verlegern an die
Tür klopft, schmerzlich unter dem dauernden Misserfolg leidet und
seinen Kummer in Wein und Opium ertränkt. Er ist ein Genie, aber das
ist noch nicht bekannt, das kommt erst später. Wenn Schüler in ihren
Aufsätzen schreiben: »Monsieur X. war der Ansicht, dass…«
Ich habe nichts von diesem
Monsieur X, und der Mythos vom verkannten Dichter macht mich rasend.
Für mich ist das geschriebene Wort etwas Lebendiges. Es lebte an den
feuchten Wänden der kleinen Wohnung, in der ich aufgewachsen bin. Mit
der weißen Kreide, die ich meiner Lehrerin stibitzte, beschrieb ich das
Schicksal meiner armen Königstöchter. Das geschriebene Wort lebt immer,
überall. In der Stoßzeit lausche ich all den erschöpften Gesichtern,
deren Geschichten auf meinem Metro-Ticket landen. Im Morgengrauen komme
ich aus der Disco und kritzele meine Ideen auf Post-its, damit der
Schlaf sie mir nicht raubt. Und wenn ich im Auto einen Einfall habe,
bitte ich meinen Mann, vor dem nächsten Schreibwarenladen anzuhalten,
damit ich mir Stift und Papier kaufen kann. Das geschriebene Wort und
das Lebens sind eins. Kein besonderer Moment oder Atmosphäre. Nur ein
bisschen Inspiration. Vor allem keine Disziplin. Bloß nicht.
[Aus dem Französischen von Anja Nattefort]
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